CATHERINE DE MÉDICIS

          Parution : 31 mai 2018.

       L’histoire a longtemps hésité à donner à la mémoire de Catherine de Médicis la place à laquelle elle a droit. Auréolée d’une gloire tragique à jamais consacrée par la Saint-Barthélemy, la petite-fille de Laurent le Magnifique est partout représentée vêtue de noir, le visage empâté, l’œil sévère. On oublie qu’à la cour de François Ier elle est d’abord une jeune fille ardente, alerte, vive, une excellente danseuse, une cavalière émérite. Son beau-père le roi ne peut se passer de son bel esprit et de ses conversations brillantes qui le distraient des affaires de l’État. La jeune dauphine chasse en furieuse à ses côtés, invente la première arbalète pour femme, apprend aux dames à monter en amazone. Elle n’en reste pas moins attentive aux cabales qui partagent la cour. Si elle essuie en silence les avanies de Diane de Poitiers, c’est par calcul, car en apprenant à dissimuler, elle prépare déjà son règne. Elle fait en secret son éducation politique en lisant Le Prince, l’œuvre que Machiavel dédia autrefois à son père. La mort de François II, auquel succède Charles IX, sonne l’heure de son avènement. Reine et maîtresse sous le nom de son fils, elle n’a dès lors d’autre but que celui de conserver le pouvoir, et pour cela elle emploie tous les moyens, bons ou mauvais, se montrant clémente ou sévère suivant les circonstances. Lorsque Coligny paraît triompher, elle le fait assassiner ; si le roi de Navarre revendique le droit à la régence, elle sait le faire renoncer en échange de la charge de lieutenant général du royaume. Tandis que les Guise, champions de la cause catholique, poussent le roi à des mesures extrêmes contre les protestants, elle s’efforce inlassablement de rétablir la paix entre les deux partis. On la voit négocier, publier des traités, accorder des édits, et, pour sceller la réconciliation, marier sa fille Marguerite à Henri de Navarre, le futur Henri IV. Elle est fidèle à la foi catholique mais sait se tenir à l’écart de tout sentiment fanatique, ce qui lui permet de garder un regard lucide sur les problèmes religieux auxquels elle est confrontée. En fait, ce qui semble guider sa conscience, ce sont les miroirs magiques, l’astrologie, la sorcellerie, les prophéties de Nostradamus. L’imagination des pamphlétaires attribue à ses superstitions et à ses actes mystérieux les crimes dont elle se serait rendue coupable. L’huile de vitriol, les sels caustiques, les acides et autres demi-poisons, c’est l’affaire ancestrale des Médicis. Prédestinée pour jeter des sorts, Catherine en connaît les secrets. Moins raffiné, plus inouï, l’envoûtement d’airain aurait supprimé le frère cadet de Coligny, François d’Andelot, et ce n’est que de justesse que le prince de Condé aurait échappé à une mort programmée dans le laboratoire à cucurbites de Cosme Ruggieri, l’astrologue de la reine.

       La malédiction semble cependant n’avoir agi que sur Catherine elle-même, si l’on considère que sa vie s’achève misérablement : « À Blois, écrit Pierre de L’Estoile, où elle était adorée et révérée comme la Junon de la cour, elle n’eût plus tôt rendu le dernier soupir qu’on n’en fit pas plus de compte partout que d’une chèvre morte. » Son règne fut grand. Il a paru utile à Honoré de Balzac d’en retracer les actions les plus éclatantes. Son jugement contraste avec toutes les injustes opinions du XVIe siècle : « Les calomnies une fois dissipées par les faits péniblement retrouvés à travers les contradictions des pamphlets et les fausses anecdotes, tout s’explique à la gloire de cette femme extraordinaire, qui n’eut aucune des faiblesses de son sexe [...] Catherine, obligée de combattre une hérésie prête à dévorer la monarchie, sans amis, apercevant la trahison dans les chefs du parti catholique, et la république dans le parti calviniste, a employé l’arme la plus dangereuse, mais la plus certaine de la politique, l’adresse ! »

       À l’approche du 500e anniversaire de la naissance de Catherine de Médicis, je suis allé au-devant d’un secret désir de faire depuis longtemps appel aux impressions laissées par la lecture du livre de Balzac et de les ranimer par une nouvelle et énième biographie. De tous les Médicis évoqués dans mon ouvrage que je leur consacrais il y a quelques années, Catherine est la seule dont le souvenir me renvoie toujours à des soirées de débats passionnés sur fond de polémiques. L’un de ses principaux privilèges est d’être l’une des premières en France, après François Ier, à présider à une époque de grandeur dans les arts et à accorder sa protection aux plus grands artistes de son temps. N’est-elle d’ailleurs pas née à Florence, berceau de l’humanisme et de la Renaissance ? Nous lui devons les plus beaux monuments de France, façonnés par Philibert Delorme ou Pierre Lescot, ornés par le Primatice ou Germain Pilon, exaltés par Ronsard ou Rémy Belleau.

       C’est cependant dans la tourmente des guerres de Religion que son nom s’élève, lorsque le dimanche 24 août 1572 elle donne le signal des mâtines parisiennes. Aussi, aujourd’hui encore, se manifeste-t-il à son égard tantôt une fureur justicière, tantôt une idolâtrie lyrique. Sa renommée suscite tantôt l’admiration, tantôt l’horreur et l’anathème. Mais quelles que soient nos passions pour Catherine, il serait dommage qu’elles retombent. La lecture du présent ouvrage contribuera peut-être à y veiller.

                                                          Henri Pigaillem

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